Nous sommes le 18 juillet et depuis hier, semble-t-il, l’hiver est là. Non, ce n’est pas du dérèglement climatique dont on parle, mais bien du retour de Game of Thrones. L’occasion pour toute une flopée de médias d’aller piocher dans leurs archives pour exhumer telle ou telle reprise indispensable du générique, ou, pour les plus courageux, de braver la chaleur écrasante pour créer un « content » inédit.

Sam récurant les pot de chambres de vieillards finissants
Topito – “Top 12 des trucs à retenir du retour de Game of Thrones, S07E01”

Mais après sept saisons, l’enthousiasme est un peu en berne, d’autant plus que la série a beau s’ouvrir sur un nouveau bain de sang, l’ambiance générale est plutôt à l’oecuménisme, porté par une nécessaire union sacrée face à la menace des mystérieux marcheurs blancs. Nos marcheurs à nous, dieu soit loué, rencontrent une résistance plus balbutiante, et profitent tranquillement de la léthargie saisonnière pour abattre les nombreux murs qui verrouillent (ou sclérosent, au choix) la société française. Quand le mort-vivant septentrional jubile de voir arriver l’hiver, l’adorateur de Jupiter, lui, prospère sous un soleil radieux.

Un marcheur s'apprêtant à simplifier le code du travail
Un marcheur s’apprêtant à simplifier le code du travail

A Westeros, ils sont pourtant nombreux, ceux-qui, agrippés à leur privilèges, ou simplement trop lâches pour envisager ne serait-ce que l’idée du danger, refusent obstinément de retirer quelque leçon que ce soit des divisions qui ont par le passé manqué de provoquer la chute du royaume. Il est heureux qu’en France, tous ne soient pas aussi réfractaires à toute forme d’apprentissage, dans le traitement de l’information par exemple. Ainsi, les différents journaux d’informations ont-ils finalement compris, à quelques exceptions près qu’un marmot qui utilisait le compte Twitter de sa mère, community manager du Ministère de la Culture, pour troller à son insu, n’était pas un pirate, mais bien un usurpateur. La déontologie à même été poussée jusqu’à épargner aux lecteurs et auditeurs une possible mise en cause de Daesh ou des médias russes. Des félicitations s’imposent.

Stop à l'amalgame (lol)
Stop à l’amalgame (lol)

Parmi tous les personnages, dont le niveau de connaissances se mesure sur une échelle de Hodor à Varys, s’il en est un qui a à coeur l’apprentissage, c’est bien le fidèle compagnon de Jon Snow, Sam. Dans un montage frénétique, celui-ci, comme les aspirants chefs japonais qui suivent et observent leur maître sans rien cuisiner pendant plusieurs années, commence son initiation pour devenir Mestre en récurant les toilettes de vieux universitaires périclitant. Contrairement aux jeunes bacheliers dont l’avenir est prisonnier des limbes de l’admission post-bac, notre bon Sam, lui sait exactement ce qu’il cherche : un moyen de vaincre les marcheurs blancs, et subséquemment, de sauver les sept royaumes que tous les autres sont occupés à convoiter. Mais le vieux Mestre le rappelle à ses devoirs – l’aider à éviscérer un cadavre, pour le bien de la science – et à sa position de novice, qui ne lui permet pas d’accéder aux ressources documentaires les plus douteuses de la citadelle / bibliothèque.

Bien loin de ce repère de sceptiques, un homme cherche, lui, à abolir les chapelles pour regrouper les hommes et les femmes ayant intérêt à ne pas se faire trucider par des cavaliers apocalyptiques autour d’une même bannière, et dispose pour ce faire d’un statut autrement plus accommodant que celui de Sam : celui de roi. A l’extrême opposé des universitaires, sur qui pèsent la responsabilité de leur vaste savoir, se trouve l’homme d’action, celui qui ne sait rien , Jon Snow. La figure du doute, d’une part, et celle de l’action d’autre part, sont néanmoins unies par une commune ignorance de la nature de ce qui les guette. La différence entre les deux est alors à situer dans la conscience respective qu’ils ont de leurs lacunes.

To be or not to be or to be again
To be or not to be or to be again

Le bâtard devenu roi préfère se référer aux actes de son père, à la tradition, en choisissant de ne pas punir les familles qui l’ont trahi au cours des batailles précédentes, et ce contre l’avis de sa soeur Sansa qui l’invite à récompenser la loyauté plutôt que la filiation. Cela n’est pas bien surprenant : on a déjà vu à maintes reprise une nouvelle tête chercher une légitimité et un poids politique auprès d’une oligarchie bien installée, et ce malgré la corruption de cette dernière.

Le vénérable universitaire, en revanche, bien conscient de son ignorance quant aux effroyables golems de la banquise, préfère, dans une belle démonstration de méthode scientifique, se faire une opinion critique en partant des sources qui sont à sa disposition. Ainsi reconnaît-il qu’il est trop de témoignages croisés et concordants admettant l’existence des marcheurs blancs pour ne pas envisager qu’ils soient bel et bien réels. En voilà un qui ne risque pas de relayer des fake news.

Jeremy Corbyn transmet ses connaissances en matière d'histoire critique
Hérodote transmet ses connaissances en matière d’histoire critique

Les scénaristes ont choisi de terminer l’épisode sur l’installation de Daenerys dans ses nouveaux quartiers de campagnes, accompagnée du renégat Tyrion, du conseillers des princes Varys et de deux affranchis, à qui l’on demandera sans doute d’affirmer « Vive Westeros » quand leur leader sera enfin arrivée au pouvoir. La Khaleesi, dangereuse figure populiste qui n’hésite pas à user de dragons pour impressionner les masses et qui a la fâcheuse tendance de libérer les esclaves en allant à l’encontre de tout bon sens économique, est à surveiller de près, en particulier à l’aune de ses rapports avec les puissances étrangères.

L’hiver est là, et risque d’être long…